Parents Magazine

A l’école des sons

Marie-Dominique Bureau, Parents Magazine

Mettre les bébés au piano avant même qu’ils sachent parler, c’est le pari un peu fou de Robert Kaddouch. Ce concertiste éclectique qui passe volontiers du classique au jazz, est aussi l’inventeur d’une méthode qui permet aux tout-petits d’entrer dans le monde de la musique aussi naturellement qu’ils entrent dans le monde du langage.

L’idée de Robert Kaddouch? Un enfant n’est pas un vase vide qu’il faut remplir, il sait faire beaucoup de choses, il faut seulement lui offrir un environnement stimulant pour que ces choses s’expriment. Et c’est ainsi que Kaddouch assied les bébés devant un piano, à  partir de 12 mois, parfois un peu avant si le bébé s’y trouve bien. Le professeur de musique se fait alors conteur et accompagne son histoire d’une mélodie. Puis, peu à  peu, il escamote l’histoire et il ne reste que la musique. L’enfant entend alors l’histoire à  travers les notes et gare au conteur-pianiste s’il en oublie une seule!

« Dès le troisième séance », explique Kaddouch, « l’enfant sait s’il manque quelque chose et il m’arrête. L’éveil musical, c’est aussi une façon d’écouter le bébé, de savoir qui il est. Chacun a sa manière de s’impliquer dans la musique, les uns se jettent sur le piano, d’autres ont besoin d’écouter, de réfléchir. L’enfant propose, et je lui réponds. La musique est aussi naturelle que le babil ».

Robert Kaddouch affirme que vers trois ans le passage à  la technique devient possible et même facile. « Je demande à  l’enfant d’improviser sur le piano et je note ce qu’il joue. Je vais ensuite lui montrer sa musique à  travers les notes écrites. Il va comprendre comment ça se passe et aborder naturellement le solfège ».

Aujourd’hui les premiers élèves de Robert Kaddouch ont dix-huit ans et tous sont musiciens, amateurs le plus souvent, professionnels pour quelques-uns…

Dès 12 mois, ils pianotent et entrent dans le monde de la musique. Toute l’année, une expérience tentée par Robert Kaddouch dans une école vraiment pas comme les autres.

Robert Kaddouch ne fait que des paris fous, et le dernier est de taille. Partant du principe que les enfants musiciens sont généralement bons en langue ou encore que les peuples les plus musiciens sont ceux dont la langue possède un registre sonore très étendu, Robert Kaddouch a décidé d’ouvrir l’oreille des enfants, d’utiliser la musique pour préparer un terrain fertile à  l’apprentissage des langues. L’idée est si séduisante que Claude Hagège, linguiste et professeur au collège de France, a donné son aval à  la méthode Kaddouch avant même que ses résultats sur le terrain soient constatés.

Des histoires en chinois, en russe, en italien…

Robert Kaddouch a ouvert dès l’été 2000 des stages d’application de la musique aux langues pour les enfants de 3 ans et il n’hésite pas, en janvier 2001, à  accueillir les petits de 2 ans. Ce qui se passe dans ces insolites « leçons de musique » est pour le moins fascinant. Imaginez des presque bébés écoutant une histoire en chinois, en russe, en italien, en anglais, tandis que derrière son piano Kaddouch crée une ambiance sonore qui correspond à  la fois à  l’histoire et aux intonations de la langue. Les enfants ouvrent des yeux grands comme des soucoupes, et leurs oreilles plus encore. « L’important, explique le pianiste, c’est qu’ils associent des émotions à  une combinaison sonore, c’est la phase audio-affective. Ce que je cherche à  faire c’est utiliser la musique comme médiatrice pour ouvrir le diaphragme auditif car le français exerce peu l’oreille de l’enfant, c’est une langue monocorde. Plus tard, on peut passer à  la phase audio-motrice. Les enfants inventent une langue à  eux en jouant avec les sons entendus, ils baragouinent, ils créent ainsi la langue fondamentale. »

Une méthode destinée à  faire des petits génies? Kaddouch s’en défend: « Je veux seulement rendre les enfants heureux, quand un petit de deux ans et demi reste assis, écoute attentivement, et rit, c’est déjà  gagné. »

Marie-Dominique Bureau