La gestion du temps musical

Voici cinq types de traitements temporels que j’utilise dans mes improvisations :

Le temps conduit


Tel un cheval au galop, le musicien contient et projette avec maîtrise, la dynamique constituée par l’interaction du tempo et de la rythmique associée aux fluctuations et croisement de la mélodie, aux mouvements harmoniques et aux modulations tonales. L’élan ainsi engagé demande de constituer une centrale inertielle mobile, seule capable de gérer cette énorme énergie cinétique, tels deux trains côte à côte avançant à la même vitesse. Par conséquent, la seule manière de rester maître de cet élan est de produire une énergie capable de se constituer synchrone avec le déroulement temporel vers l’avant.

Le temps suspendu


Sorte d’oasis temporel, le point d’orgue va permettre de se dégager de la contrainte d’une volonté engagée pour libérer d’autres flux d’idées, de perceptions et de sentiments.

Le temps démaillé


Tel une corde qui s’effiloche et se reforme à la manière des fils électriques que l’on suit des yeux quand le train est à vive allure, ce procédé de démaillage et de remaillage est un moyen d’élaborer une rythmique aussi précise que la qualité de posé d’un son. C’est une manière de faire vibrer les durées, de les concevoir sur le même plan que le timbre. Ce système peut s’élaborer dans un contexte conduit ou suspendu. Ainsi, aucun rythme ne ressemble à un autre.

Le temps combiné


Stravinsky est le maître de ses combinaisons polyrythmiques, de ces superpositions de débits temporels. Dans ce cas, les rythmes subissent des traitements verticaux (polyrythmiques) ou horizontaux (déphasage progressif et organisé, des motifs rythmiques).

Le temps lisse


En apesanteur, le discours n’est plus soumis à la gravité d’un tempo ni d’une métrique.

Tout cela, Martial l’a construit à partir de ce qu’il est vraiment. Rien n’est faux chez lui. On parle de recyclage neuronal à propos de la capacité d’utiliser un réseau de neurones affecté à une tâche pour réaliser une nouvelle tâche pour laquelle rien n’a encore été déployé. Et bien Martial a sublimé ses qualités et même ses défauts, qui plus est, pour opérationnaliser un dispositif d’une rare performance, je l’ai expliqué, dont on ne peut qu’apprécier les effets : sa merveilleuse musique !